La couleur est son fil conducteur. La source de son oeuvre jaillit en son pays natal. Un pays natal qui s’apparente à un estuaire, à cette relation entre la terre et la mer. Guillaume Castel puise autant son inspiration dans les contours de la nature verdoyante, celle des prairies humides, de la lande et des sous-bois, que dans ce paysage sous-marin que dessine la mer lorsqu’elle se retire et livre aux cueilleurs, pieds de couteau, coques, palourdes à profusion. Le pays natal, écrivait Gaston Bachelard, c’est un granit ou une terre, un vent ou une sécheresse, une eau ou une lumière. Eléments qui régénèrent. De la matière à modeler, à métamorphoser. Bois, acier et béton, poli, moulé, se plient, se contorsionnent, perdent en brutalité, en robustesse, gagnent en douceur, en finesse et en fragilité. De là naît le charme, ce magnétisme exercé par ces œuvres à l’élégante simplicité. Les installations entrent en conversation avec l’architecture mais aussi avec le paysage. Les pièces monumentales ou plus minimalistes s’inspirent du végétal, du minéral, évoquent la germination, l’éclosion. Guillaume Castel aime à jouer sur l’opposition des matières naturelles et industrielles que représente le contraste entre le bois et l’ardeur d’un vert, d’un rose ou d’un bleu très vif, très puissant, comme une laque appliquée sur le cèdre ou le pin calciné. Evocation palpable de cette ancestrale opposition entre nature et culture. Oxymore vivant à contempler.

Chloé Batissou – Rédactrice en Chef de la revue Armen

 

L’amour du paysage

Ses œuvres se rencontrent au détour d’une plage, d’une forêt, d’un étang. D’un parc, d’une rue, d’un jardin, d’un bâtiment désaffecté. Tout au bord de la route, comme à Plouégat-Guerrand, où, aux portes de son atelier, de grandes cupules de béton brut ouvrent à la pluie leur cœur lisse et  orangé. 

Sculpteur de poésie, sculpteur de paysage

Il a tout d’abord suivi une formation agricole. Puis quitté une école de paysagiste, pour se donner tout entier à la sculpture. Et revenir d’autant mieux au paysage, sur lequel, depuis dix ans, Guillaume Castel exerce son talent. En cousant de sisal les deux rives d’un ruisseau. En lâchant une dizaine d’îlots de cyprès comme autant de graines géantes à la surface d’un étang. En plantant au bord des vagues ou sous un arbre un conciliabule de galets ronds, piqués sur tige d’acier. Sans figurer en rien un spore de champignon, une pomme de pin ou une capsule de coquelicot, les œuvres de Guillaume – de bois, béton, acier, bronze, papier, tissu… – témoignent de sa profonde connivence avec la nature. Elles en ont la simplicité, la matière brute, mais aussi la présence, la fantaisie, la douceur épurée.

Le territoire comme lieu d’ancrage et d’inspiration 

Lieu privilégié d’intervention, le paysage est aussi pour Guillaume lieu de vie et source de création. «  J’aime l’idée de faire partie du paysage. Que l’artiste soit à sa place, comme l’artisan, dans la cité. Je ne tiens pas à entretenir le mythe de l’artiste maudit, loin de tout, vivant à horaires décalés. Je fais partie du village, les gens savent où est l’atelier. Mon inspiration est liée à ce territoire. Un de mes grands-pères était marin, l’autre paysan. Ce mélange là me nourrit. La baie de Morlaix, la terre, la mer, le rivage… : c’est le berceau de toutes mes idées. ».

Le quotidien d’un artiste

« Je travaille de plusieurs façons. Je réponds à des appels d’offre. À des commandes  de communes, de fondations, d’entreprises… Je travaille aussi en atelier de création, sur place, pour créer des œuvres en lien avec l’espace d’exposition, comme récemment au Musée des Jacobins de Morlaix. Je fais tout moi-même. Et quand je ne sais pas, j’apprends. Juste les bases, pour ne pas m’enfermer dans la technique. Après… j’explore. » Il explore, et partage. Guillaume anime depuis longtemps des ateliers de sculpture auprès des enfants des écoles de Morlaix Communauté et du CPIE Pays de Morlaix – Trégor. Depuis deux ans, il intervient auprès de personnes en difficultés psychologiques à l’Atelier Thérapeutique et Artistique du Centre Hospitalier de Morlaix. En ce moment, il accompagne le conseil municipal des jeunes de Plouégat-Guerrand sur l’aménagement d’un espace de jeux autour de la maison communale Guillaume Lejean.

Les projets 2011 ? 

« Une résidence au musée de Flers. Une autre à Turquant, petite commune toute proche de Saumur, pour des installations dans la ville. Des appels d’offre dont j’attends la réponse. J’ai aussi été contacté par un éditeur de mobilier privatif et urbain en béton. J’ai encore un autre projet, local celui-là, mais chut… »  En attendant cette probable intervention de Guillaume Castel dans un haut lieu du territoire, allez donc découvrir ses œuvres au Ponthou, le long du Douron ; dans le jardin de Suscinio à Morlaix ; près de la mairie de Landivisiau (passage du Daoudour) ; ou dans la mairie de Saint-Martin des Champs : une grande plante d’acier, visible de la rue, y grimpe dans la verrière. Autant de traces d’un artiste qui sème ses créations au fil d’un paysage qu’il aime à investir pour mieux le révéler.

Annie Toussain

La Compagnie des Ecritures